Louise Desaulniers, maman de Sarah-Catherine

Je dois avouer que l’idée que Sarah-Catherine puisse fréquenter un service de garde n’est pas venue de moi. À vrai dire, cela ne m’était même pas passé par la tête. Nous avions notre petite routine et Sarah était aussi gardée par son arrière-grand-mère qui habitait la maison d’à côté. L’idée a fait son chemin lorsque l’ergothérapeute m’a suggéré d’envoyer Sarah à la garderie, mais c’est surtout à la suite d’une rencontre remplie d’émotions avec Jean François Martin, père d’un enfant trisomique. Cette belle conversation s’était terminée avec le commentaire : « Si tu as un cadeau à faire à ta fille, offre-lui une expérience en service de garde ». À 3 ans, soit quelques mois plus tard, Sarah-Catherine faisait son entrée au CPE populaire St-Michel. Et quelle entrée!!

Je n’oublierai jamais le sourire radieux de Sarah-Catherine, ce matin-là. J’ai alors compris que je venais de lui offrir un très beau cadeau…un nouvel univers, des amis.

Pourquoi un service de garde régulier? À la suite de l’annonce du diagnostic de Sarah-Catherine, je me suis fait la promesse d’avoir une vie des plus normales (il faut dire que j’avais aussi un petit garçon de 2 ans de plus que Sarah et qu’il avait droit à une vie comme tout le monde). Ma fille ne serait pas mise à l’écart de la société, elle aurait sa place. Le service de garde est, selon moi, une base, une microsociété. Ce dont Sarah-Catherine avait besoin, c’était d’être en contact avec d’autres enfants, comme n’importe quel autre enfant. Je voulais que Sarah puisse vivre sa petite enfance comme les autres enfants, et ce, malgré ses limites. Je ne voulais surtout pas qu’elle se retrouve comme au centre de réadaptation. Elle y allait 2 fois par semaine, c’était bien assez. Ce n’était pas le mandat du CPE de lui faire des exercices. Par contre, ils devaient tenir compte de ses besoins particuliers. L’intégration est une belle aventure, elle l’a été pour Sarah-Catherine et pour moi. Je sais qu’elle l’a été aussi pour les autres enfants et pour les autres parents. Je me souviens qu’à plusieurs reprises des parents m’ont dit qu’ils se sentaient privilégiés de connaître Sarah et qu’ils étaient heureux que leurs enfants puissent partager un bout de leur vie avec elle!

Aurélie Pouteau, maman d’Alis

Lorsque le pédiatre de Ste-Justine nous a appris qu’Alis était atteinte de spasticité sévère, il nous a vivement conseillé de la retirer de la garderie qu’elle fréquentait. J’ai donc dû renoncer à travailler pour stimuler notre fille au maximum. Seule à gérer les troubles de déglutition, la spasticité, les rendez-vous thérapeutiques, les pleurs… Quelques mois plus tard, aucune amélioration de la situation motrice d’Alis et j’étais épuisée. Non seulement l’annonce du handicap de notre fille nous avait déprimés, mais en plus elle nous avait isolés, fait perdre notre identité, notre joie de vivre. Nous n’avions plus aucun point commun avec les parents d’enfants classiques. Après de nombreuses recherches sur internet, j’ai découvert J’me fais une place en garderie. 1 mois après avoir rencontré Carolina, nous avions une place en garderie pour notre fille à 5 min à pied de chez nous. L’intégration a duré 3 mois du fait des particularités d’Alis. Une fois passée cette étape, j’ai pu reprendre une activité professionnelle à mi-temps. La garderie nous permet de retrouver les projets que nous avions avant que le handicap vienne tout chambouler.

Le répit qu’offre la garderie nous permet d’avoir une meilleure relation avec notre fille.

J’me fais une place en garderie est essentiel dans ce processus d’intégration de l’enfant à besoins particuliers.

Sylvie, éducatrice en CPE

Il y a eu beaucoup d’évolution au niveau du développement global de l’enfant depuis son arrivée au CPE. Au début, elle avait le regard fuyant sans sourire et elle s’endormait dans sa chaise de positionnement plusieurs fois par jour par manque de stimulation. Aujourd’hui, elle rit, fait des sons, reste éveillée. Elle aime la musique, surtout celle que son père lui chante! Ayant la faculté visuelle faible, elle ne pouvait soutenir du regard un objet en mouvement. Maintenant, non seulement elle le suit, mais elle essaie de l’atteindre. Elle arrive désormais à bouger davantage au sol, elle tourne sur elle-même!

Elle est de plus en plus forte sur ses jambes, ainsi qu’avec la préhension des objets. Les enfants du groupe vont la voir et lui apportent des jouets, les lui enlèvent aussi! Comme avec les autres camarades.

Les enfants ont l’esprit très ouvert face à la différence, ils ont une faculté d’adaptation et d’acceptation plus simple et sans jugement. Ils aiment aider à son déplacement en fauteuil. Ils y prennent plaisir. Il lui arrive comme les autres enfants de pleurer. Nous ne savons pas toujours pourquoi. Peut-être qu’elle a soif, qu’elle est fatiguée, qu’elle veut tout simplement se faire bercer comme les autres, etc. Nous apprenons petit à petit à comprendre son langage non verbal. Bien sûr elle a une chaise spécialisée, elle a un retard important au niveau de son développement et elle a une prise de médicament tous les jours, mais elle n’est pas trop difficile à vivre. Elle ne tape pas les autres, ne mord pas non plus, ne grimpe pas sur le meuble, ne court pas et ne crie pas. Il faut regarder le développement réel de l’enfant selon son rythme sans avoir d’attentes hors de ses capacités. L’enfant est unique. L’enfant à besoins particuliers est aussi un enfant comme les autres et tous les enfants, sans discrimination, ont le droit d’être intégrés dans un service de garde!